« Il est mort et n’a rien à voir avec le narcotrafic »
Une des deux victimes de la fusillade de Nice-ouest est un habitant du quartier qui rentrait chez lui. Il serait une des victimes collatérales.
VICTIME DU NARCOTRAFIC.
Les proches d’Oyskhur Tapashev n’auraient jamais imaginé un tel scénario. Et pourtant, vendredi soir, l’homme de 58 ans a perdu la vie dans la fusillade des Moulins liée au trafic de stupéfiants. Le père de famille est tombé sous les balles, juste à côté du jardin d’enfants de la place des Amaryllis à Nice. « Il rentrait chez lui» , indique Baskhan Magamadov, président de l’union des Tchétchènes et Ingouches des Alpes-maritimes. Le représentant le connaît depuis 2006 : « J’ai marié son fils. Il est père de trois enfants. Il devait fêter son 59e anniversaire ce mardi… »
Un homme simple, selon le référent, qui a été condamné à une fin violente sans avoir trempé dans le milieu du deal, martèle-til à plusieurs reprises : «Iln’a jamais vendu de drogue, n’a jamais été en lien avec le crime. » Hier matin, une cérémonie d’hommage au sein de la communauté s’est tenue dans le quartier.
Face à cette disparition brutale, Baskhan Magamadov appelle à « ne pas se faire justice soi-même » et à laisser les autorités « faire leur travail » : « Il faut que les auteurs soient arrêtés et jugés. »
« Au mauvais endroit, au mauvais moment »
Des victimes collatérales ? Selon le procureur de la République Damien Martinelli, plusieurs personnes touchées par les tirs des assaillants seraient étrangères au narcotrafic. Des passants, des habitants loin de la délinquance, mais fauchés par les balles d’un ou plusieurs tireurs. À ce stade, aucune confirmation n’est faite sur l’identité des victimes impliquées ou non dans une quelconque forme de trafic. Le second homme décédé, un jeune de 20 ans qui serait étudiant, pourrait faire partie de ces riverains présents « au mauvais moment, au mauvais endroit ». Pour rappel, la veille, aucun pronostic vital n’était engagé pour les cinq blessés a fait savoir le procureur de la République.
Une interpellation démentie par le parquet de Marseille
L’enquête, suivie de près par la sphère médiatique, a connu un faux rebondissement hier après-midi. RTL a annoncé l’interpellation d’un individu dans la Cité phocéenne dans le cadre de ce dossier. Une information démentie par le parquet de Marseille, qui « déplore la précipitation et l’absence de recoupement ayant conduit à la mise en danger des investigations en cours, portant sur des faits criminels particulièrement graves, ainsi qu’à la mise en danger des policiers qui les conduisent ».
Ce que l’on sait : la soirée du vendredi 3 octobre bascule juste après 21 heures. Une Peugeot 3 008 blanche emprunte l’avenue Martin Luther King. À bord : plusieurs occupants. Le ou les tireurs font feu avec « un ou plusieurs fusils d’assaut kalachnikov ». Sept personnes sont touchées, deux décèdent sur la place des Amaryllis. Sur la scène, des douilles de 9 mm ont été retrouvées. Sont-elles issues d’une arme pointée depuis la Peugeot 3 008 ? La lumière doit également être faite sur cet élément, afin de savoir si des tirs de riposte ont pu être effectués.
Le véhicule utilisé par les auteurs de la fusillade a été retrouvé à Mougins le Haut, dans une zone résidentielle. Il a été découvert calciné, garé sur une place en voirie. Le monospace a été identifié comme volé à Marseille le 30 septembre 2025 : il était muni d’une fausse plaque.
Une enquête de flagrance des chefs d’homicides en bande organisée, tentatives d’homicides en bande organisée et association de malfaiteurs a été ouverte et confiée au SIPJ (Service interdépartemental de la police judiciaire) 06 – DIPN (Direction interdépartementale de la police nationale) 06 en co-saisine avec la DZPN (Direction zonale de la police nationale) 13.
« Ça en fait réfléchir certains… »
UN DIMANCHE pas comme les autres. Au surlendemain de la fusillade des Moulins, le quartier de Nice n’est pas aussi animé qu’à l’accoutumée. Malgré le soleil et la température clémente, les bancs sont moins remplis. Les chaises pliantes moins présentes. Le parc pour enfants est vide. « C’est logique, après un tel drame, il y a toujours une période où les gens sortent moins », glisse un habitué du quartier. Après une nuit d’un « calme plat » dans la cité, l’ouest de la ville pleure ses disparus.
Vendredi soir, un jeune homme de 20 ans et un homme de 58 ans ont perdu la vie sur la place des Amaryllis, là où des fleurs ont été déposées par les habitants. Les assaillants, à bord d’une Peugeot 3 008 blanche, ont ouvert le feu depuis l’avenue Martin Luther King vendredi 3 octobre après 21 heures. Des tirs « au hasard », selon les témoins qui entendent encore résonner les détonations de kalachnikov. Cinq blessés sont également à déplorer. Des victimes qui, pour plusieurs, n’ont pas de rapport avec le trafic de stupéfiants. Et c’est bien cela qui inquiète les habitants.
« Prendre une balle pour 200 euros… »
En réponse, l’état a déployé des effectifs : la CRS81. Au total, ce sont soixante agents supplémentaires qui viennent prêter mainforte au commissariat. Pour un total de près de 100 agents mobilisés sur le quartier. « C’est une présence H24 », indique-t-on du côté de la police nationale. La nuit, entre minuit et 8 heures, est assurée par les renforts. La journée, par les services déjà en place. Un dispositif de présence continue qui a pour objectif de rassurer la population et de dissuader les criminels et délinquants.
Les guetteurs, eux, sont toujours là. « Évidemment ils ne sont pas contents. Ce n’est pas bon pour leurs affaires », souffle un assidu des lieux. Devant l’ancienne Laverie les petits assurent le service. Des mineurs non accompagnés, petites mains du narcotrafic.
« Certains, ça les fait réfléchir ce qu’il s’est passé… Peut-être qu’ils peuvent remettre un peu en question ce qu’ils font. Mais d’autres sont complètement pris dans le système, ils n’en sortiront pas» , commente un professionnel qui les connaît bien : « Prendre une balle pour 200 euros, est-ce que ça vaut la peine ? »
6 Oct 2025
MARGOT DASQUE / MDASQUE@NICEMATIN.FR









